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Le 28 avril 2011 par Laurent Amar

Bonjour M. Pie, pouvez-vous présenter et présenter votre société aux internautes ?
Ancien Sup de Co Toulouse, âgé de 45 ans, je ne sais faire qu’une seule chose pour gagner ma vie: entreprendre !
En 1985, au côté de Coluche, je participe au lancement des « Restaurants du Cœur » sur la région Midi-Pyrénées et devient Vice-président de l’association à Toulouse. J’avais 21 ans et toutes mes dents. Cette année-là, plus de 13.000 repas par jour seront servis sur la région avec l’aide de 120 bénévoles. Ce fut une incroyable aventure entrepreneuriale et humaine.
En janvier 2000, PICTORIS est cédée à 100% à l’un des principaux groupes mondiaux de services interactifs : AGENCY.COM, côté au NASDAQ et adossé au Groupe OMNICOM, numéro 2 mondial de la communication. Je conserve la Présidence de l’agence française et rejoint le board européen d’AGENCY.COM.
Souhaitant reprendre ma liberté d’action et de parole, je quitte le groupe en 2001, et développe une activité d’investisseur privé et de conseiller dans le domaine des nouvelles technologies auprès d’une dizaine de start-up et de conseils d’administration.
Je passe deux ans à voyager (Etats-Unis, Chine, Corée, Cuba, Europe, Inde…) et à échafauder de nouveaux projets de création d’entreprise.
En avril 2001, je participe, avec une petite équipe regroupée autour de Christian Blanc, ancien Président d’Air France et de la RATP, à la création de l’Ami public, groupe de réflexion et de propositions dans le cadre des Présidentielles de 2002. Je prends en charge le dossier économique et entreprends une étude approfondie sur l’économie des vingt prochaines années, le diagnostic économique de la France et de ses potentiels, ainsi qu’une analyse des facteurs clés de succès des entreprises qui réussissent. Cette initiative donnera lieu, quelques mois plus tard et sous l’égide de Christian Blanc, à la création des Pôles de Compétitivité sous le gouvernement Raffarin.
Fin 2003, constatant qu’il existe un gisement non servi de besoins dans l’audiovisuel de la connaissance et de la découverte, je décide de m’entourer de professionnels reconnus de l’Internet et de l’audiovisuel pour lancer La Banque Audiovisuelle (www.lba.tv), plateforme de contenus video accessibles sous forme numérique et à la demande, pour le grand public (VOD). Après 18 mois de travail acharné, LBA lance le 15 septembre 2005, le premier portail francophone de Vidéo et Edition à la demande de documentaires, reportages et émissions de télé: www.vodeo.tv
En décembre 2008, je cède 100% de La Banque Audiovisuelle et VODEO au Groupe Figaro (Skreen House Factory). A cette période, VODEO est devenue l’une des principales plateformes françaises de VOD, regroupant plus de 5 000 documentaires ou grands reportages. VODEO est distribué également auprès d’une quarantaine de partenaires (FNAC, ALAPAGE, AMAZON, RTBF, TV5 Monde…) et auprès des principaux opérateurs, soit sous la forme d’une chaîne à la demande soit sous forme de « Corner documentaire » (FREE, NEUF / SFR, NUMERICABLE, ALICE…)
Je quitte la société que j’ai créée en novembre 2009 pour fonder une nouvelle aventure prometteuse: HUBEE.
Hubee est une société de technologies (solutions & services) destinée à accompagner et à accélérer la mutation des acteurs de l’audiovisuel (producteurs, distributeurs, éditeurs, chaînes de télé) vers les nouveaux media.
Hubee développe des outils, expertises et applications qui permettent de distribuer de la vidéo en VOD / Catch-up / Web TV / TV connectées / TV Interactive / Plateforme d’eScreenings…
En plus de mon rôle de Président de Hubee, je développe des activités de conseil et d’investissement en tant que Partner au sein de la société INTERACTIVE PARTNERS.
Le marché de la télévision connectée devrait représenter plusieurs milliards ces prochaines années qui seront les acteurs de ce marché ?
Indéniablement les constructeurs jouent un rôle majeur sur l’essor de ce marché en France, pays dans lequel l’IPTV connaît un taux de pénétration le plus important.
La capacité des constructeurs de fédérer des éditeurs au sein de leurs portails de services, la force de leurs campagnes de communication prévue courant 2011 avec l’arrivée des nouvelles gammes connectées seront les principales clés de ce marché.
Alors que les opérateurs ADSL proposent depuis plusieurs années des services de VOD et de Catchup TV, les constructeurs ont l’opportunité d’arriver légèrement en avance avec une variété de services plus importants, d’installer leur parc et de définir les usages de ces services.
Les box opérateurs ne sont pas encore stables technologiquement et seront figées pour les 4 années à venir alors que les constructeurs TV sortent des nouvelles gammes chaque années de TV et devices (Blu Ray / dock son)
Les opérateurs ADSL seront aussi un acteur majeur du secteur ne serait-ce que parce qu’ils ont été les premiers à proposer des « TV Connectées » via leur box. Avec l’arrivée de la Freebox Revolution et de son store d’applications Free se positionne clairement comme un concurrent direct des constructeurs et pour le coup Free jouit d’un parc d’abonnés plus important que le parc entier de devices connectées à fin 2010 (4 millions de freenautes contre 2,3 millions de devices connectées). Cela étant dit la technologie n’est pas encore stabilisée chez les opérateurs et les projets sont plus longs à se mettre en place.
A l’international il y a aussi les offres OTT directes telles que le proposent Google TV,Apple TV, Boxee ou Roku. Ces offres sont pour la plupart cantonnées au Marché US et s’opposeront aux éditeurs de contenus comme on peut le voir déjà aux US avec le retrait des grands Network de ces offres.
En France pour se parer contre ces agrégateurs les chaines de TV se sont d’ailleurs associées pour signer une charte les prémunissant contre les interventions extérieures sur leur flux et notamment pour conserver la maîtrise de leur flux et de leurs recettes publicitaires.
Les chaines de TV et plus largement les fournisseurs de contenu ont aussi un rôle à jouer en proposant des services enrichissant en matière de contenus, d’expérience utilisateur. Les Chaînes de TV notamment drainent avec elles des milliers d’utilisateurs par la force de leur marque et pourront organiser la standardisation technologique des normes émergentes telle que HbbTV ou TNT 2.0. Elles sont les acteurs qui pourront imposer un standard afin de lier l’univers connecté de la TV au flux DVB (TNT) et ainsi créer une vraie télévision interactive, enrichie et parfaitement magnétisable pour les éditeurs.
Quelles seront les applications les plus utilisées à votre avis pour le consommateur ?
Les applications à fortes dominantes vidéo telles que la TV de rattrapage, ou la VOD auront bien entendu la part belle de l’utilisation des portails des TV Connectées.
De plus les fournisseurs de contenus auront la possibilité de créer des WebTV sur des écrans de TV Connectées à moindre frais et ainsi recréer des chaines de TV intelligentes.
Sur le modèle d’un Apple Store aussi les applications de services et de casual Gaming peuvent s’imposer comme la météo, le trafic, les services pratiques géo localisés.
Hubee a remporté par exemple le 3ème prix du concours d’applications initié par Samsung avec ChronoResto – une application qui permet aux utilisateurs de commander à manger via leur TV.
Enfin par rapport à la position des TV dans les foyers français on peut penser que les applications communautaires (pas forcément Facebook ou Meetic de par leur caractère privé) : le jeu (jeu de société), le pédagogique (livre parascolaire, ateliers, e-learning) peuvent rapidement s’imposer comme des incontournable de ce support.
Comment les chaînes de télévisions vont se préparer à l’avenir de cette technologie qui se met en place ?
Dans un premier temps elles se sont assurées la maîtrise de leur flux par la signature d’une charte commune qui protège le flux et empêche tout acteur tiers de le modifier en le redimensionnant ou en faisant apparaitre des popups.
Dans un second temps il faudra qu’elles s’accordent sur une norme incontournable pour la couche service du flux (comme HbbTV ou TNT 2.0) afin de proposer des applications associées à leur flux – comme on peut le voir pour leurs applications VOD ou Catchup sur les box opérateurs.
Une fois cette norme validée elles pourront proposer leur services VOD, Catchup ou autres d’ailleurs avant de terminer par des interactions avec des applications tierces via des partenariats publicitaires ou stratégiques.
Les chaînes concentrent encore une grand part de l’audience française et entraîneront avec elles de nombreux utilisateurs, mais elles doivent veiller à ne pas camper sur des positions trop conservatrices au risque de voir se morceler de plus en plus l’audience et de manquer le train des TV connectées. On a vu que Google TV ne serait pas lancé en Europe avant 2012 et il y a fort à parier que le géant américain va essayer de revenir très fort. D’où la nécessité pour les chaines de s’organiser rapidement aussi bien sur le plan technique que stratégique.